Nous sommes entourés de gadgets et d’outils pour aider notre performance, notre récupération et pour analyser nos efforts. Que ce soit les montres GPS, les powermeters, ou même les powermeters pour la course à pied, nous avons accès à beaucoup d’outils et il semble que de nouveaux outils sont inventés constamment. Il est parfois difficile de savoir si un outil est vraiment utile ou si c’est seulement un autre gadget dispendieux que l’on va laisser trainer et qui va amasser de la poussière.

Il n’y a pas si longtemps l’outil principale des athlètes était le rythme cardiaque. Maintenant, les coureurs peuvent savoir leur vitesse grâce au GPS et même la puissance générée. Également, dans le cyclisme, le rythme cardiaque est rarement utilisé pour mesurer l’intensité des efforts et a été remplacé par la puissance générée.

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Antoine Desroches

Dernièrement, la nouvelle mesure tendance est la variabilité du rhytme cardiaque (heart race variability ou HRV). De nombreuses montres GPS, dont l’apple watch, permettent de calculer cette donnée. Il existe même des programmes comme WHOOP coûtant 30$ par mois qui permettent entre autres de calculer l’état de récupération en se basant sur cette donnée.

Mais, premièrement, qu’est-ce que ça signifie?

La variabilité du rythme cardiaque est la variation de l’intervalle de temps entre chaque battement cardiaque. Lorsque l’on mesure notre rythme cardiaque on mesure le nombre de fois que notre cœur bat par minute. C’est en soi une donnée très intéressante, puisque si vous connaissez bien votre rythme cardiaque au repos vous êtes capable de savoir lorsqu’il plus élevé qu’à l’habitude. La variabilité du rythme cardiaque (VRC) mesure quant à elle la variation du temps entre chaque battement. Par exemple, même si deux jours consécutifs vous avez le même rythme cardiaque au repos (50 bpm par exemple) la variabilité du rythme cardiaque peut tout de même différer.

La VRC est contrôlée par le système nerveux autonome, qui contrôle en autre notre respiration, notre digestion et le battement de notre coeur. Le système nerveux autonome est divisé en deux systèmes, soit le système sympathique et le système parasympathique. Le système sympathique répond aux situations de stress, soit les situations de « fight-or-flight ». Si l’on rencontre un ours dans la forêt, c’est ce système qui va prendre le contrôle. Notre rythme cardiaque s’accélère, notre respiration s’accélère également et il y a une diminution de l’activité de notre système digestif. Le système parasympathique quant à lui est un système qui correspond à une réponse de relaxation; notre rythme cardiaque et notre respiration diminuent et la fonction digestive reprend son activité. C’est notre hypothalamus, via le système autonome, qui décide comment réagir à toutes les situations de notre vie quotidienne. Cependant, étant donné notre mode de vie moderne, nous sommes souvent dans des situations de stress; nous mangeons sur le pouce, nous manquons de sommeil, nous sommes bombardés d’alertes sur notre cellulaire et ce sans compter tous les entraînements que l’on fait! Notre système sympathique fait donc du surtemps.

Une façon de déterminer si nous subissons trop de stress et avons besoin de plus de temps de repos est de mesurer la VRC. Lorsque notre système sympathique prend le contrôle la variabilité du rythme cardiaque est très faible, donc notre cœur bat comme un métronome. Au contraire, dans un état plus relaxe, la VRC est élevée, ce qui signifie qu’entre deux battements de cœur il va y avoir peu de temps et ensuite entre deux autres battements il va y avoir plus de temps. Donc au lieu de battre comme un métronome, notre cœur est capable de s’adapter plus facilement et est plus résilient.

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Antoine Desroches. Photo: Talbot Cox.

Contrairement à des données comme le Vo2Max ou le FTP (functionnal treshold power), une donnée plus élevée ne signifie pas qu’un individu est plus en forme qu’un autre. Cela signifie plutôt qu’une personne ayant une VRC basse aurait besoin de modifier son mode de vie légèrement, que ce soit dormir plus, diminuer légèrement le volume ou l’intensité des entraînements pour un certain temps, méditer ou faire du yoga, regarder moins souvent son cellulaire, bref diminuer le stress dans sa vie. La variabilité du rythme cardiaque est donc un outil intéressant pour déterminer son état de fatigue et ainsi ajuster son entraînement.

Par contre de nombreuses personnes paient pour un programme comme WHOOP qui analyse votre sommeil, votre fréquence cardiaque au repos et votre VRC afin de déterminer votre niveau de fatigue et déterminer les meilleurs moments pour se reposer, faire un entraînement léger ou faire un entraînement intense, mais ils ne suivent pas les recommandations de ce programme. Donc un outil est seulement un bon outil si on l’utilise et si on l’utilise intelligemment. De la même façon qu’un cycliste qui a un powermeter mais ne regarde pas sa puissance durant les courses et part toujours trop vite durant les courses, ça ne sert à rien d’avoir un outil si on ne s’en sert pas vraiment. Également, de la même façon qu’un cyclisme qui se fie à 100 % à son powermeter peu importe s’il se sent bien ou non et ne se fie pas du tout à ses propres sensations, il n’est pas non plus recommandé de se fier à 100 % à un seul outil.

Je crois donc que la variabilité du rythme cardique est un outil intéressant pour mesurer son état de fatigue, mais d’autres outils comme votre fréquence cardiaque au repos, votre qualité de sommeil et aussi, et surtout, vos propres sensations, doivent aussi être considérées. Selon moi, le sport est un mélange de science et d’art. Il est important de profiter de la science pour quantifier note entraînement, notre récupération et notre effort de course mais il est aussi important de laisser notre corps nous surprendre. Parfois, quand on se déconnecte de tous les outils on se donne l’opportunité de connecter réellement avec soi-même.

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