Qu’est-ce qui fait que l’on ralentit au 32ième kilomètre d’un marathon? Qu’est-ce qui nous empêche de pousser plus de watts lors d’un test de FTP? Ou lors d’un test jusqu’à épuisement qu’est-ce qui dit à notre corps d’arrêter?

Il n’y a pas de réponse simple.

Qu’est-ce qui nous empêche réellement d’aller plus vite? Photo: Antoine Desroches

Certaines personnes vont dire que tout est mental. Que seulement en étant plus fort mentalement on peut empêcher notre corps de ralentir lors d’un effort long et intense. D’autres personnes diront que c’est l’accumulation de lactate dans les muscles ou c’est parce que nos réserves de glycogène dans nos muscles sont vides.

Il n’y a pas de consensus, et il n’y a pas une seule raison qui explique le fait que l’on ralentit ou que l’on ne peut pas aller plus vite.

Si l’on prend un effort comme un 10 000 mètres sur piste d’athlétisme, qu’est-ce qui explique le fait que les meilleurs coureurs sont capables de courir le dernier tour de piste en 52 secondes, alors que leurs muscles sont remplis de lactate et qu’ils sont en dette d’oxygène. Est-ce parce qu’ils ont géré leur effort parfaitement pour s’assurer d’avoir assez d’énergie pour le dernier tour? Est-ce parce qu’ils veulent gagner à tout prix et que le simple fait de savoir que la ligne d’arrivée leur donne un « boost » d’énergie?

Ou prenons l’exemple d’un marathon, comme la tentative de briser la barrière du 2h. Eliud Kipchoge a couru 2 h00 :25, soit seulement 25 secondes plus lent que la légendaire barrière du 2h. Qu’est-il arrivé immédiatement après avoir franchi la ligne d’arrivée? S’est-il écroulé par terre? Non, il semblait « relativement » frais et a joggé quelques mètres après avoir franchi la ligne d’arrivée. Est-ce que cela signifiait qu’il lui restait encore un peu d’énergie? Probablement que oui… mais assez pour briser la barrière du 2h… on ne sait pas.

Eliud Kipchoge

Il ne fait aucun doute que le mental ou notre cerveau joue un rôle sur notre façon de performer. Sans ce, qu’est-ce qui nous empêcherait de courir jusqu’à ce que notre cœur explose! C’est le principe derrière la théorie du Gouverneur Central développé par le docteur Tim Noakes. Selon cette théorie, notre cerveau contrôle notre effort pour balancer tous les systèmes physiologiques. Lorsque l’on ralentit au 32ième kilomètre du marathon, c’est le résultat de notre cerveau qui dit à notre corps de ralentir pour nous permettre de « survivre » et de terminer la course. Donc la fatigue que l’on ressent est causée par ce Gouverneur Central. Donc, selon cette théorie, on ne ralentit pas parce que notre corps se surchauffe, que l’on manque d’oxygène ou que nos muscles sont remplis de lactate, mais plutôt pour prévenir que tout cela se produise et atteigne un niveau dangereux.

Cela ne signifie pas que « tout est mental » et que si on peut avoir le dessus (d’une manière ou d’une autre) sur notre gouverneur central on peut être le plus vite, peu importe notre niveau de forme. Notre niveau de forme, soit notre système cardiovasculaire, notre forme musculaire et notre système anaérobique, affecte grandement notre performance. Une personne plus en forme (si elle a une biomécanique adéquate, un bon équipement…) va être plus vite qu’une personne moins en forme, si elle est capable mentalement de se pousser à sa limite physique et psychologique. Mais la raison pourquoi cette personne va ressentir de la fatigue vers la fin de la course, selon cette théorie, est parce que son gouverneur central contrôle son niveau de fatigue pour l’empêcher de se pousser jusqu’à l’épuisement complet.

Photo: Antoine Desroches

Il ne fait aucun doute qu’il y a un lien très étroit entre le physiologique et le psychologique. Par exemple, plusieurs études démontrent que la performance d’un individu est affectée par plusieurs facteurs tels que leur niveau de fatigue mental juste avant le test, soit s’ils avaient à effectuer une tâche cognitive complexe avant le test. Également, lors d’un test jusqu’à épuisement, si un chronomètre falsifié qui affiche un temps erroné, est utilisée, cela va affecter la performance de l’athlète. Par exemple, si vous faîtes un test de vélo de 20 minutes maximal et qu’à 10 minutes, on vous dit que vous avez seulement fait 7 minutes, votre niveau de perception d’effort va être affecté. Votre corps avait analysé tous les facteurs psychologiques et physiologiques pour vous permettre de gérer votre effort sur les 20 minutes, ce qui est nommé la gestion d’anticipation de la performance (anticipatory regulation of performance). En connaissant votre fraîcheur mentale et physique (niveau de glycogène dans les muscles, état de forme du moment etc.) votre corps est apte à estimer l’effort que vous pouvez effectuer pour ce 20 minutes pour vous permettre d’effectuer un effort maximal (ou plutôt presque maximal). Cependant, si l’on vous donne de l’information erronée concernant le temps écoulé, cela va affecter votre perception d’effort. Si à 10 minutes, en vous dit que vous avez seulement fait 7 minutes, votre niveau de perception d’effort va être plus élevé et si on vous dit que vous avez fait 13 minutes, votre niveau de perception d’effort va être moins élevé. Mais en réalité, votre niveau de perception d’effort ne devrait pas être affecté par le fait qu’il vous reste 13 minutes ou 7 minutes, mais seulement par les sensations physiologiques que vous ressentez. La beauté et la complexité du corps humain est qu’il met tout en contexte. La perception d’effort que vous ressentez au moment présent est affectée par de multiples facteurs psychologique. Si vous effectuez un test maximal dans votre sous-sol sombre, ou dans un lab avec plusieurs chercheurs ou si vous êtes aux Jeux Olympiques, votre perception d’effort et l’effort que vous allez fournir va être différent. Bien que dans les trois cas, l’effort est considéré maximal, vous allez probablement fournir un effort supérieur (du moins légèrement supérieur) si vous courez les 100 derniers mètres de la finale du 800 m des Jeux Olympiques et que vous courez la chance de remporter une médaille d’or que si vous effectuez un test maximal sur un tapis roulant dans un lab.

Photo: Antoine Desroches

Nous ne sommes pas des robots et sommes des créatures très complexes. Plus on étudie le corps humain, plus on réalise la complexité du corps humain et particulièrement du mental. Notre mental joue un gros rôle dans notre performance et ce n’est pas à négliger. Est-ce que le sport est 99 % mental, 90 % ou 80%? On ne le sait pas. Peut-être que ça varie selon le sport ou la distance. Mais il ne fait aucun doute que pour effectuer un réel effort maximal, il faut être très fort mentalement et avoir un niveau de motivation très très très élevé.   

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