C’est une question que beaucoup d’entre nous se posent. Devrait-on être musclé et avoir de grosses épaules comme un nageur, de grosses jambes et pratiquement aucun muscle du haut du corps comme un cycliste ou être longiligne et mince comme un coureur. Malheureusement, je n’ai pas de bonne réponse. En effet, dans le triathlon, et même à un haut niveau, on voit des triathlètes de différentes tailles et formes. Certains ressemblent plus à un nageur, d’autres à un coureur. Par exemple, Mario Mola et Kristian Blummenfelt ont des physiques complètement différents et performent tous deux à un très haut niveau et sont parmi les meilleurs coureurs sur le circuit ITU.

Toutefois, bien qu’il ne semble pas y avoir de type de physique parfait pour le triathlon, on a tendance à juger, voire même critiquer ceux qui sont plus lourds, bien que leur performance puisse être supérieur à d’autres triathlètes plus minces. Le résonnement des « experts » et commentateurs est que cette personne pourrait être grandement meilleure s’il ou elle perdait du poids. Mais peut-être qu’au contraire que cette personne performe bien puisqu’elle a justement trouvé son poids idéal et que certaines autres personnes se limitent parce qu’elles sont trop légères et pourraient bénéficier de plus de masse musculaire et d’un pourcentage de gras légèrement supérieur.

Ce questionnement m’est venu en tête après l’Ironman de Tremblant alors que je regardais la diffusion de la course sur le facebook de Ironman. J’avais eu quelques commentaires de personnes disant que je semblais « lourd », « un peu gras », « pas race weight », que je « semblais avoir une bedaine en vélo »… Donc bien que j’aie fait la performance de ma carrière dont je suis le plus fier, je me questionnais sur mon apparence et sur mon poids. Cette même fin de semaine, Lionel Sanders a confié sur sa chaîne Youtube, qu’il avait commencé à être trop concentré, voire obsédé, à perdre du poids et avait décidé de se restreindre les jours avant l’Ironman alors qu’il est grandement recommandé de manger davantage (et surtout plus de glucides) avant la course. Sanders a réalisé son erreur et a ajusté son plan de nutrition pour le reste de sa saison.

Lionel Sanders

Ce vidéo m’a fait grandement réfléchir. Les semaines avant la course, j’entendais des commentaires de gens disant que Sanders semblait en super forme et « race weight », tandis que l’on me disait que je n’étais pas à mon poids de course. Donc les jours et semaines avant le jour J je me questionnais sur mon poids, bien que je savais que je ne pouvais rien faire pour changer mon poids seulement quelques jours avant un Ironman. Mais les 2-3 jours avant la course je me suis dit : « arrête de penser à ton poids, exécute ta diète de surcompensation (plus de glucides les jours avant la course), tu vas peut-être être un peu plus lourd que ce que tu voudrais mais au moins tu vas avoir des réserves de glucides pour bien performer ». C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire surtout lorsque tu te promènes dans le village de l’Ironman et que tu vois tous les triathlètes qui sont super minces et qui ont des veines dans leur cuisses et mollets, alors que tu te sens gonflé comme un ballon parce que tu essaie de manger suffisamment de glucides.

Donc pourquoi j’écris tout ça?

Pour partager mon expérience et faire réfléchir… Pour faire réaliser l’impact de nos commentaires sur les jeunes athlètes, que l’on soit commentateur, journaliste, entraîneur… Et pour faire réaliser que plus léger ne signifie pas toujours plus rapide.

Dans certains cas, oui c’est le cas, mais pas toujours. Mieux vaut être en santé et quelques livres de trop que « race weight » mais blessé et « overtrained ». L’important est de bien connaître son corps et de trouver son poids idéal par soi-même en se basant sur vos performances et non sur le poids sur la balance, le nombre de « like » sur vos photos Instagram ou les commentaires des gens. Il y a plusieurs outils à votre disposition pour trouver votre poids et pourcentage de gras idéal. Par exemple, vous pouvez faire fréquemment des tests en vélo pour déterminer votre puissance par poids idéal, mais rappelez vous qu’une perte de poids peut améliorer votre performance en vélo et course mais nuire à votre performance en natation. Il faut donc trouver le juste milieu et écouter son corps, car seulement vous connaissez votre physique idéal.

Dans une entrevue pour le site witsup.com, la triathlète Jodie Swallow, qui a souffert de boulimie et de problèmes d’image corporelle, explique l’impact que les entraîneurs ont sur leurs athlètes : « Malheureusement, je pense qu’ils ont plus de chance d’affecter négativement l’image corporelle de l’athlète au lieu de l’influence positivement. »

Holly Lawrence

Holly Lawrence, suite à son abandon au championnat du monde 70.3 de 2017, a expliqué qu’elle avait « tombé dans le piège » en ayant une diète plus stricte pour perdre du poids avant le championnat. Elle ajoute sur sa publication facebook que : « tout le monde (et je dis Tout le monde!) lui disait qu’elle avait l’air en super forme ». Donc plus elle maigrissait, plus les gens lui donnait des commentaires positifs ce qui a mené à une perte de poids trop importante et a nui à sa performance.

Le problème d’image corporelle dans le sport professionnel n’est pas un nouvel enjeu, mais dans l’ère des médiaux sociaux, le problème semble avoir pris de l’ampleur. Il ne faut pas oublier que ce n’est pas celui qui a le plus d’abdos ou qui a le pourcentage de gras le plus maigre qui remporte la course, mais bien la personne qui franchit la ligne d’arrivée le premier! Donc avant de commencer une diète stricte pour perdre du poids, questionnez vous si c’est la bonne décision pour votre performance et surtout pour votre santé!

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