Picture from Gophrette – Instagram: @gophobservation

“On ne gagne pas la course avec la natation, mais on peut la perdre.” Cette phrase est vrai pour les triathlons courte distance ITU (avec sillonage) et encore plus avec les triathlons Sprint et Super Sprint qui sont de plus en plus populaires. Bien qu’en triathlon sans sillonage, la portion natation a une moins grande importance, surtout sur distance Ironman et demi Ironman, on peut tout de même perdre des secondes ou minutes importantes si l’on n’est pas un bon nageur. Dans la catégorie professionnelle en 70.3 et 140.6 on parle de plus en plus de l’importance d’être parmi les premiers à la sortie de l’eau afin d’être dans le premier “peloton.” J’utilise les guillemets puisqu’évidemment il n’y a pas de sillonage, mais à une distance de 12 m (ou 20 m lors des courses Challenge) il y a tout de même un avantage physique et psychologique à suivre un compétiteur.

L’importance de la natation a d’ailleurs mis en évidence la fin de semaine dernière lors du championnat du monde 70.3, particulièrement sur la course des hommes. Les Pros décrivaient et analysaient leur course comme si c’était une course ITU en parlant de pelotons et de l’importance d’être parmi les premiers au début du vélo.

Antoine Desroches exiting the water at IRONMAN Mont Tremblant 2018. Photo from Jerome Bergeron

Voici par exemple les commentaires de Rodolphe Von Berg, champion Européen 70.3 sur Instagram (traduit de l’anglais):

“Cette journée n’a pas bien commencé en manquant le premier peloton de natation de 9 nageurs, ce qui est inacceptable et j’en suis très déçu. (…) J’ai roulé par moi-même pour la majorité de la portion vélo, ce qui n’est pas idéal, mais je n’ai jamais abandonné.”

Pour le championnat du monde d’Hawaï, on parle également grandement du fait qu’il faut faire parti du premier gros peloton à la sortie de la natation pour avoir les meilleures chances de gagner ou de faire un bon résultat. Évidemment, sur la distance Ironman, la longueur de l’évènement permet aux moins bons nageurs de rattraper le temps perdu en natation lors de la portion vélo (comme Daniela Ryf) ou course à pied (comme Mirinda Carfrae). Dans le gros peloton de tête, les triathlètes peuvent s’alterner la tête et donc économiser un peu d’énergie.

Andrew Buckrell, co-fondateur de Stac Performance a déterminé la réduction d’énergie lors que l’on suit un cycliste selon la distance séparant les deux cyclistes. Comme vous pouvez le voir, à 12m il y a une réduction d’énergie, donc la personne qui mène le peloton doit dépenser plus d’énergie que les autres triathlètes derrière lui.

Les triathlètes s’alternent aussi la tête du peloton dû à l’effet psychologique de suivre quelqu’un. La plupart des triathlètes préfèrent suivre la personne devant puisqu’ils n’ont pas besoin de constamment analyser leur vitesse, watts et leur effort puisque tout ce qu’ils ont besoin de penser et de suivre la personne devant. Similairement, en course à pied, lors d’un entraînement sur piste, les coureurs vont s’alterner la tête pour les différents intervalles puisque la première personne doit constamment analyser son effort et sa vitesse pour ne pas être trop vite ou trop lent pour chaque tout de piste, ce qui est un effort de plus mental à fournir, tandis que les coureurs qui suivent n’ont pas besoin de penser et ont seulement besoin de suivre le meneur. Toutefois, plusieurs triathlètes considérèrent que suivre d’autres compétiteurs est plus fatiguant que de mener puisqu’il faut toujours s’assurer d’être à exactement à 12 m dernière l’autre personne pour ne pas avoir de pénalité. Il ne faut pas suivre de trop loin non plus, puisque les autres compétiteurs vont prendre votre place et vous devez ralentir pour vous mettre 12 m dernière la personne qui vient de vous dépasser.

Pour les triathlètes qui ont des intentions de remporter le championnat du monde Ironman, il ne suffit pas de faire parti du premier peloton de nageurs, il faut être au devant (parmi les 10 premiers), puisque si vous êtes 20e ou 30e dans le peloton en vélo vous ne pouvez pas réagir aux accélérations et aux attaques. Il ne suffit qu’une personne du peloton ralentisse alors que les premiers accélèrent et vous devez retrancher beaucoup de temps et dépenser de l’énergie inutilement. De plus, pour dépasser chaque personne du peloton pour vous positionner en tête vous devez effectuer un gros effort (pousser autour de 400 w pendant plusieurs secondes voire minutes) et c’est d’autant plus difficile si vous avez une dizaine de personne ou plus à dépasser.

Romain Guillaume, triathlète Pro français, explique cela lors d’une entrevue avec TriMax en 2015 après sa 19e place : “Je laissais un bon espace entre les gars devant et moi et chaque fois il y avait quelqu’un devant qui passait et je me suis trouvé dans les derniers du groupe. Après sur le retour quand ça a accéléré, certains triathlètes craquaient donc je devais faire l’effort pour le doubler et boucher le trou et ça m’a usé.”

Picture from Gophrette – Instagram: @gophobservation

C’est pour cette raison que Lionel Sanders met beaucoup d’effort pour améliorer sa natation, puisqu’il veut faire parti de ce premier peloton à Kona. Il explique sur Instagram (traduit de l’anglais) : “Bien que l’on soit au milieu de la saison de course, je m’efforce à améliorer ma natation. Donc 50-60% de mon temps est mis dans l’eau pour améliorer ma technique et ma mécanique.”

Il va donc être très intéressant de voir qui vont faire parti de ce fameux premier peloton lors du championnat du monde Ironman, autant chez les hommes que chez les femmes.

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