Lorsque l’on observe un athlète talentueux effectuer une tâche à la perfection on a presque l’impression que cette tâche est facile, sans effort. Un bon exemple est le grimpeur Alex Honnold. Alex Honnold est sans contredit le meilleur grimpeur de tous les temps. Il a grimpé le gigantesque mur El Capitan sans corde. Cet exploit est présenté dans le documentaire Free Solo, qui a récemment remporté un Oscar pour meilleur documentaire. Lorsque l’on regarde Alex Honnold grimper on pourrait croire que ce n’est pas si difficile. Il semble en parfait contrôle et grimpe sans devoir réfléchir où il doit mettre son pied ou sa main.

La raison pourquoi il réalise cet effort avec une telle aisance est qu’il est dans un état de « flow ». Un état de maîtrise complète durant lequel chaque mouvement est exécuté par automatisme, sans réfléchir. Pour atteindre ce niveau d’excellence ça prend énormément de pratique. Certains scientifiques parlent de la « règle » du 10 000 heures de pratique, selon laquelle après 10 000 heures de pratique résolue on atteint un certain niveau d’expertise. Alex Honnold ne s’est pas réveillé un matin et a décidé de grimper El Capitan sans corde! Il grimpe depuis qu’il est très jeune. Il a grimpé dans des gyms, puis a grimpé des murs beaucoup plus accessibles pour finalement arriver à un niveau de compétence et d’excellence lui permettant d’envisager d’accomplir cet exploit. Il a par la suite grimpé les différentes sections du mur de nombreuses fois avec une corde pour se pratiquer et pour apprendre l’exécution de chaque mouvement. Il a même écrit dans un journal la séquence de tous les mouvements de mains et de jambes qu’il devait exécuter pour grimper les nombreuses sections techniques du mur. Il a visualisé ces mouvements maintes fois dans sa tête. Donc le jour J, il n’avait pas besoin de penser comment il allait grimper certaines sections ou quel chemin il devrait emprunter. Tout était planifié et étudié et il n’avait qu’à exécuter.

View of El Capitan at Yosemite National Park.

Cet état de maîtrise et de compétence est nommé l’état de flow ou la compétence inconsciente. Cet état est atteint après des années et des années de travail. Pour y arriver il faut se déconnecter des gadgets comme de notre montre GPS ou de notre capteur de puissance et il ne faut pas penser à notre technique, que ce soit en natation, en vélo ou en course à pied. On agit par automatisme, sans penser, sans réfléchir, seulement en se fiant en ses sensations. Cette phase de développement est la quatrième et dernière phase. Chaque athlète ou artiste talentueux doit passer par ces quatre phases.

La première phase est nommée la phase d’incompétence inconsciente. Lorsque l’on apprend une tâche complexe telle que nager on ne sait pas si le mouvement que l’on exécute est le bon. On essaie tout simplement d’avancer dans l’eau du mieux que l’on peut. Pour progresser à la deuxième phase, l’incompétence consciente, on regarde des vidéos de technique de natation, on prend des cours de natation etc. À ce niveau, on est conscient que le mouvement que l’on exécute n’est pas adéquat et que notre technique n’est pas la bonne. Cette étape est très importante, puisque c’est en étant conscient de nos erreurs que l’on peut s’améliorer. L’étape suivante est la compétence consciente. Notre technique est bonne mais on doit penser constamment au mouvement à exécuter et on est dépendent de nos gadgets comme notre montre GPS et notre capteur de puissance. On ne peut donc pas agir par automatisme. La grande majorité des gens demeurent à cette phase de développement. Mais pour finalement atteindre la dernière étape, soit la compétence inconsciente et ainsi pouvoir courir avec beaucoup de fluidité à la fin d’un Ironman comme Patrick Lange ou pour pouvoir grimper avec aisance comme Alex Honnold, il faut non seulement de nombreuses heures de travail mais également, il faut parfois se départir de nos montres, de notre moniteur de fréquence cardiaque et de notre capteur de puissance pour pouvoir performer sans se fier à ses gadgets. Il faut également arrêter de penser à notre technique ou à notre allure et juste performer en suivant son instinct.

Patrick Lange running to a 7:52:39 at the 2018 Ironman World Championship. Photo: Red Bull Content Pool

Un autre moyen pour atteindre cet état de flow est de visualiser de nombreuses fois la tâche à exécuter. Par exemple, j’ai l’habitude de visualiser les sections plus complexes d’un triathlon, telles que le départ, la sortie de l’eau, les transitions, les stations d’eau en vélo… En visualisant le départ, par exemple, je sais combien de pas je peux faire avant de plonger dans l’eau et quand je peux commencer à nager pour être le plus efficace possible. Donc au lieu de me poser la question lorsque le départ est donné je peux seulement agir par automatisme.

Patrick Lange winning the 2018 Ironman World Championship.

Bref, il n’y a pas de secrets ou de « hacks » pour atteindre cet état de flow. Il faut passer par les trois premières phases de développement et travailler fort pour que chaque mouvement, chaque geste, devienne un automatisme. La visualisation est un outil très intéressant puisque ça nous permet de pratiquer les mouvements et les gestes sans effectuer de réel effort physique. Donc avant chaque course et même chaque entraînement prenez le temps pour visualiser les gestes que vous devez effectuer. Cela va vous aider à atteindre cet état de compétence inconsciente beaucoup plus rapidement.

Report error or omission