À l’aube de ma cinquième saison en tant que triathlète professionnel j’ai pris le temps de réfléchir à ce que j’ai appris depuis. Tout d’abord, il est important de mentionner que le terme « professionnel » est très inclusif. Les critères pour devenir professionnel ne sont pas les mêmes pour chaque fédération mais au Canada ce n’est pas si difficile d’avoir sa licence professionnelle. Il y a donc une zone grise entre les meilleurs amateurs et les moins bons Pros et il y a une grosse différence entre les Frodenos et Sanders de ce monde et les professionnels « middle-of-the-pack ».

À l’aube de ma cinquième saison en tant que triathlète professionnel j’ai pris le temps de réfléchir à ce que j’ai appris depuis.

Prioriser le sommeil

Le manque de sommeil affecte notre récupération, notre performance, notre attention et notre santé en général. Je pourrais élaborer pour plusieurs pages, mais je crois que l’on peut tous s’entendre sur l’importance du sommeil. Mes meilleurs semaines d’entraînement sont toujours en camp d’entraînement parce que je peux dormir 8-10 heures par jours, parfois plus! Lorsque je ne suis pas en camp d’entraînement, il est difficile de dormir autant; je dois me réveiller tôt pour nager et parfois je dois travailler tard le soir pour terminer un projet pour l’université.

Mes meilleurs semaines d’entraînement sont toujours en camp d’entraînement parce que je peux dormir 8-10 heures par jours, parfois plus!

J’essaie donc de prioriser les heures de sommeil que j’ai. Voici mes astuces :

  • Baisser la température de la chambre juste avant de se coucher
  • Prendre une douche chaude pour favoriser la vasodilatation et donc baisse votre température corporelle.
  • Laisser son cellulaire dans une autre chambre et ne pas le regarder juste avant de se coucher.
  • Lire un livre avant de se coucher au lieu de regarder la télévision ou son ordinateur.
  • Ne pas prendre un café trop tard en après-midi
  • Rendre la chambre le plus sombre possible

Grâce à ces trucs vous allez pouvoir dormir presque immédiatement et donc profiter au maximum des heures que vous avez disponible.

Ne pas accorder trop d’importance au résultat

Lorsque je compétitionnais sur le circuit ITU j’accordais beaucoup d’importance à ma position et au résultat final. Plutôt que de me préoccuper de ma performance individuelle je me comparais constamment à mes compétiteurs et ma satisfaction (ou déception) était influencée par ma position au lieu d’être basée sur l’effort que j’avais effectué. Si j’avais fait une belle performance mais que ma position n’était pas bonne j’étais déçu.

Donc quand j’ai débuté à compétitionner sur le circuit Ironman j’ai décidé de seulement juger ma performance en me demandant si j’ai donné tout ce que je pouvais. Si OUI, j’étais content, peu importe mon résultat. Parfois je reviens à mes anciennes habitudes de me comparer à mes compétiteurs et à accorder trop de performance à ma position mais généralement j’essaie le plus possible de seulement penser à ma propre performance.

Selon moi c’est une façon saine de faire du sport et de compétitionner. Si on a battu son meilleur temps et effectué sa meilleure performance on devrait être satisfait même si on s’est fait battre par un compétiteur. C’est correct d’être compétitif- croyez-moi je suis TRÈS compétitif- mais on devrait tout de même se concentrer davantage sur son propre résultat et pas sur les autres.

Accorder de l’importance aux détails

Bien que j’aie écrit récemment sur l’importance des gains non marginaux (entraînement, sommeil, nutrition etc.) vs les gains marginaux (gadgets de récupération, équipement dispendieux etc.) j’ai réalisé durant ces dernières années que certains détails ont un gros impact sur la performance. Lorsque je compare ma position sur mon vélo à ma première course professionnelle à ma position les années suivantes je réalise à quel point je ne savais pas ce que je faisais à mes débuts. Sans s’acheter un vélo à plusieurs milliers de dollars il est possible de sauver plusieurs minutes à son temps lors d’un Ironman. Il faut accorder beaucoup d’importance à :

  • Sa position (particulièrement la position de sa tête par rapport au reste du corps)
  • L’aérodynamisme de ses vêtements
  • La position des bouteilles et des gels et barres
  • La stabilité du corps sur le vélo

J’ai eu la chance de faire des séances en vélodrome avec Louis-Garneau et de tester quelques positions avec les systèmes Stac Performance et Bioracer et j’ai appris énormément durant ces séances. Maintenant grâce à ces systèmes ainsi qu’à des outils comme Notio Konect, ces gains d’aérodynamisme sont maintenant accessibles à la majorité des cyclistes et triathlètes et c’est beaucoup moins coûteux que de passer du temps en soufflerie.

Être triathlète professionnel n’est pas un travail lucratif

Lorsque j’ai eu ma licence professionnelle je ne m’attendais pas à pouvoir faire beaucoup d’argent ni à pouvoir vivre de cette passion mais j’ai été tout de même surpris quand j’ai réalisé que seulement quelques triathlètes réussissent à vivre de ce sport. La grande majorité ont un autre emploi ou font du coaching en ligne. C’est la seule façon de pouvoir payer les frais de la licence Ironman (ainsi que de sa fédération), de payer le voyagement et les frais pour l’entraînement et l’équipement. À chaque année les bourses monétaires pour le podium diminuent. Parfois la bourse suffit à peine à couvrir les frais de déplacement. Il est aussi beaucoup plus difficile d’avoir une commandite. On a vu récemment que plusieurs compagnies comme Cervélo, Cannondale et Specialized ont décidé de diminuer grandement leur budget en commandite. Le côté positif est que je crois qu’il est possible de performer à un haut niveau tout en étant aux études ou en travaillant à temps partiel. Il suffit de bien gérer son temps et de s’entraîner efficacement et intelligemment.

En bref, j’ai appris beaucoup durant ces quatre premières années et j’ai beaucoup encore à apprendre. La vie de la grande majorité des triathlètes professionnels n’est pas très prestigieuse et en quelque sorte c’est peut-être la beauté de ce sport; il n’y a pas de grande différence entre un triathlète Pro et amateur. On se réveille tôt, on travaille fort, on est souvent fatigué (parfois découragé) et on continue de s’entraîner parce qu’on a tous la même passion : le triathlon.

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